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Mercredi, 11h.

Hirokazu Kore-eda a planté son regard dans les yeux du journaliste. Il plisse les yeux, penche la tête. Pas pour mieux voir. Pour mieux écouter. Il ne parle pas le français mais il écoute. Quand le chuintement de la traductrice parvient à son oreillette son visage s’illumine, il esquisse un sourire. Il a posé son menton dans la paume de sa main, il scrute le visage du journaliste et son regard lui dit qu’il a compris la question. La voix de la traductrice s’est tue. Hirokazu ne parle pas. Il tarde à répondre. Et j’imagine que pour le journaliste, ces secondes durent des siècles. Et puis Hirokazu se lance. Il sourit et il parle. Vite. Très vite. Les syllabes s’enchainent, tantôt claquent, tantôt se font velours yoshi vosayasochi yakari kasho tensu tekubi taijiû hitonigori, syllabes impériales, vitesse kalachnikov.

Avec le retard nécessaire , la voix de l’interprète se superpose. Ce n’est pas une voix, c’est une caresse. Pour peu on pourrait croire qu’elle chante. Contraste et émerveillement : on comprend enfin ce que veut dire le cinéaste. «  La question est difficile, je prends le temps de réfléchir », glisse-t-il en douceur. Un concentré d’intelligence, une finesse de vocabulaire, humanisme à chaque phrase, poésie surréaliste en sous-titres audio et bilingues. Magie de quelques instants. On n’a pas l’image mais on voit le film. Kore-oda est content de sa réponse. Le journaliste est sous la charme, l’interprète aussi, envoyant sans faiblir ses mots avec la précision d’un passing-shot mais la douceur d’une amortie.

Je suis cloué par la poésie du moment et interpelé par l’ étonnant contraste entre les tac tac tac des mots du japonais et la beauté de ce qu’il veut nous dire. Est-il comme moi sous le charme des mots si bien choisis de la jeune femme qui le traduit ? Je me demande si la magie de cet interview vient de la sensibilité du cinéaste ou si c’est la musique de l’interprète qui agit.

Je n’aurai pas la réponse. Mais je me souviens d’une citation de Jorge Luis Borges : « ce sont les traducteurs qui m’ont inventé » …

 

P.S. J’attends de voir le film avec impatience. J’espère juste que Hugues Dayez avalera sa langue de vipère pour en parler.

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