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Août. 1953.

Ca commençait déjà le vendredi.

Ce drôle de camion vert, sa remorque et sa roulotte investissaient le petit carrefour de la rue des Libérateurs. Demain la vie reprendra des couleurs dans ce quartier endormi dans la moiteur du mois d’Août.

Samedi. On n’est pas à Lourdes mais c’est miracle.

En plein centre du monde, rutile mon manège à moi. Cette année un vrai camion de pompiers, avec sa vraie couleur rouge, sa vraie échelle et sa vraie cloche en or, remplace le vieux cheval de bois, mort épuisé sans doute d’avoir porté trop d’enfants.

Ma vie va commencer. Après son tour d’essai, le manège s’arrête et s’offre à la convoitise de la horde hurlante. Tout le monde sa faufile fissa pour occuper les plus beaux engins. J’avais choisi le camion rouge-pompiers. Comme les vingt gamins plus rapides que moi. Pas grave, je me contenterai de la belle décapotable jaune. Mais Fifi-brins-d’acier me fusille du regard et s’installe péremptoire, armée de ses lunettes neuves et de ses taches de rousseur insolentes.

Consternation. La cloche annonce déjà le départ et je ne suis pas encore installé. J’ai le choix. Entre ce cochon ridicule et ce vieux vélo cent mille fois plus moche que celui que j’ai reçu à Noël. Je prendrai donc le vélo, bien décidé de prendre ma revanche au tour suivant. J’aurai juste le temps de prendre la moto.

C’est pas encore la gloire mais il faut croire que la vie est comme ça.

Alors je tourne, je tourne et tourne encore.

Et du haut de mes sept ans, je suis des yeux hypnotisés la si si belle femme du forain, avec ses beaux cheveux bouclés, ses grands yeux noirs et tristes. Et cette robe légère qui sème des fleurs à chacun de ses passages. Elle récolte les cartes magiques que nous tenons bien serrés dans la main et qui nous donneront accès au tour suivant.

Fifi-la-pimbèche est descendue en pleurant.

Je viens d’hériter de la super voiture jaune et j’apprends qu’il ne faut jamais désespérer. Parfois je lâche la foraine des yeux pour essayer d’attraper le pompon (chez nous on disait la floche !) qui donne droit au tour supplémentaire.

L’apprenti pompier vient de la rater et descend en hurlant son désespoir. Me voilà capitaine des pompons. Artaban n’est pas mon cousin.

Partout autour de moi les gamins se mettent à pleurer en découvrant qu’il ne leur reste plus que deux ou trois tours et que maman ne veut plus acheter de cartes.

Et je m’étonne. Pourquoi pleurer ses deniers tours alors qu’on peut encore en profiter un max ?

J’ai compté mes cartes. Il n’en reste guère. Avec un peu de chance, j’attraperai la floche encore une fois ou deux. Mais je sais que, tôt ou tard, je vais devoir quitter mon beau camion rouge et sa cloche en or. Je repense et je dis merci à ce vieux vélo, à ma belle voiture jaune.

Alors je profite. Me régale encore de la robe légère. Je suis avec Dalida et je chante à tue-tête Bambino, je suis avec Paul Anka et je chante Diana, je suis avec Mouloudji et je chante « Un jour tu verras »…

Je ne pleurerai pas au moment de descendre. C’est tellement plus gai de chanter…

 

P.S. Je ne pleurerai pas mais je sens bien que râlerai quand même un peu de savoir que le manège de la rue des Libérateurs et sa belle foraine continueront à tourner, tourner, tourner sans moi… 😉

 

Playlist du jour : https://youtu.be/vwe3Chttps://youtu.be/nSmpbGHe8oE

 

 

https://youtu.be/wPw5WiABUOA

 

 

https://youtu.be/Jyg7XF3hoN

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