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Je suis parti très loin. Sur un coup de tête, comme si j’avais jeté un dé (*) qui aurait décidé pour moi. Loin et longtemps. Ne me demande pas où, j’ai tout oublié. Ou alors je ne veux pas savoir. J’ai laissé mes cartes postales au fond de mon sac. J’ai trimbalé mes vieux os en zones inconnues. J’ai marché comme je ne me souvenais plus que l’on pouvait marcher. J’ai traversé des rivières et des monts chauves. J’ai vu des cyclistes se liquéfier sous l’effort et les attaques du soleil. J’ai vu des jeunes filles sautillantes dans leurs robes légères, aguicheuses du regard au travers de leurs longs cheveux qui devaient sentir bon comme des champs de blé mûr. J’ai traîné dans des pubs, vidé des litres de Guinness au nez et à la barbe d’hommes bourrus, rigoleurs et rôteurs, chantant de vielles ballades d’une voix lointaine, comme sortie d’une pub irlandaise des années soixante-dix. J’ai dormi dans des églises romanes abandonnées. Je me suis réveillé ivre des senteurs de lavandes frissonnantes et bleues comme les rides fragiles d’un lac sous le mistral naissant. J’ai pris des trains, aussi. Pour profiter des gares, des odeurs électriques, des foules obstinées cherchant leur voie, des haut-parleurs SNCF ou RENTE, des odeurs de frites ou de grasses tapas. J’ai traîné devant les kiosques à journaux, l’œil sautillant de titres en titres, snobant les manchettes racoleuses et puis passé mon chemin. Mon chemin ? Je croyais l’avoir perdu, mes errances me l’ont rendu. En balayant mes certitudes, ouvrant larges comme des écoutilles, toutes les portes de mon âme pour mieux accueillir mes doutes et mes folies.

J’ai secoué mes habitudes comme se secoue un vieux chien mouillé qui sort, étonné et sauf, du canal où il s’était perdu.

Demain le soleil va se lever bavant ses lueurs de novembre.

Alors, moi aussi.

J’aurai « Avec le temps » de Léo Ferré dans les oreilles.

Je me ferai un toast tiède à la confiture de mirabelles.

Et ce sera bien.

 

 

P.S.   (*) Merci à Luke Rhinhart – L’Homme-dé – Ed. de l’Olivier

 

Merci à Mich, Phil, Alain et Dédé pour avoir précipité mon retour

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