Les portes sont des mystères.

Les portes ont-elles une âme ?

Les portes sont-elles toutes de la même race ?

Elles sont toutes différentes mais on sait que ce sont des portes. Comment peut-on le savoir ? Il y a des portes ouvertes et des portes fermées. Que cachent les portes fermées ? Sur quoi s’ouvrent les portes ouvertes ? Faut -il ouvrir les portes fermées ou fermer les portes ouvertes ? Faut il pour cela les claquer ?

On a pu constater que, parfois, elles se claquent toutes seules. Est-ce un signe ?

Pour approfondir le mystère, il y a même des portes qui se dérobent, si difficiles à reconnaître.

On pourrait arrêter là le questionnement. Mais les curieux ou les anxieux en veulent toujours plus. Alors on pense à la toute petite porte d’Alice ou peut-être à la porte basse du temple. Tiens, il y a aussi la grande porte par laquelle il vaut mieux sortir. Et puis, si triste, la porte de prison par laquelle il vaut mieux ne pas entrer. Les timides utilisent souvent la porte de derrière, tant pis pour eux. On peut continuer l inventaire mais à s’ obstiner, on risque fort de trouver porte de bois.

Alors, pour ne pas trop se disperser, on se concentrera sur cette toute petite, si petite qu’on pourrait l’appeler portelette. Une drôle de petite porte à claire-voie, étrange moucharabieh, à double détente, laissant filtrer la lumière intérieure vers le dehors, et acceptant, gourmande, toute la lumière du monde…

Ce n’est pas le temps qui passe.

Le temps n’existe pas.

C’est la vie.

Qui dessine au burin

Sur les joues jadis embrassées

Comme pour mieux s’en souvenir

Tous les chemins parcourus

Les vallées de larmes

Et les plages lisses aussi

Où se lisent si bien

Quelques petits bonheurs tranquilles

Cernées de sillons

Cent mille fois mille fois arpentés,

Creusés par les habitudes furtives

Les phrases perfides

Et les pensées empoisonnées

Et puis ce rêve

Inexprimé depuis l’enfance

Qui reste là

Diaphane et tremblant

Fantôme de plus en plus flou,

De moins en moins fou…
Pas besoin de miroirs

Pour tout revivre.

Juste planter son regard au loin

Bien au delà de l’horizon.

Juste attendre.

Et laisser faire…

Deux papillons blancs, rescapés de l’effondrement du vivant, jouaient, innocents, à saute-mouton au milieu des lavandins qui distribuaient sans compter leur parfum à qui voulait sentir. Le thermomètre affichait trente-huit. Rien à côté des délires thermométriques du mois de juin. Trente- huit c’est chaud. Mais un coulis furtif et timide venant du nord-est, apportait juste ce qu’il faut de fraîcheur pour plaire à la narine et éloigner le malaise.

Le petit lézard n’était plus au rendez-vous annuel. Mais la cigale, obstinée, s’accrochait encore à sa branche. Elle chantait, certes, mais on entendait bien que le coeur n’y était plus. Le bleu du ciel était toujours bien bleu et le soleil, impitoyable cramait, bien plus vite qu’avant, le touriste inconscient.

Pour le distrait, pour l’occupé, pour l’insensible aux signes, rien n’avait changé. Pourtant, un peu plus bas, la Durance n’avait plus de Durance que le nom. L’eau s’était tirée en douce laissant la place aux tonnes de galets géants qui jadis lui servaient de lit…

Pendant ce temps-là…

Pendant ce temps-là, à Brüzel * dans le Grand Temple des grandes manigances, une armée de cuisiniers drillés, épuisés, révoltés, cuisinaient puis jetaient, dépités, des banquets entiers que les grands maniganciers, systématiquement en retard, laissaient passer.

La fumée blanche tant attendue déclencha le défilé des gloires internationales. Promenades dans la forêt des micros. Interviews bleu blanc rouges. Tremblements angéliques. Et puis parmi tous les manchots de la table ronde, voici Fât-le-Paon. Sourire de vainqueur. Veste enfilée en hâte, en gestes amples et doublure rouge. Mais vassal de Macronie, comme jadis jouet de Kaiser des Provinces du Nord…

… Bien sûr, il y a les clochettes de glaçons dans le verre de Ricard, bien sûr il y a le rire des enfants. Bien sûr..

Mais cela ne nous rendra pas nos innocences et nos abeilles d’antan…

*(Merci à Schuiten & Peeters)

Ça n’ira pas mieux demain.

Il ne restera que le blanc des cendres

de tes braises crachées ce soir

cramant à jamais

tout espoir de retour de regards incendiaires

de caresses brûlantes

de langues complices enlacées…

Ne restera que le goût amer de ton venin.

Non, ça n’ira pas mieux demain.

Il y aurait du soleil et des sourires
dans les gros nuages blancs.
Il y aurait des bébés au sein
Il y aurait du monde au balcon
des jeunes effrontées
Il y aurait ce manège aux chevaux de bois,
robe blanche et dorures usées,
galopant seuls, fatalistes, abandonnés
par des enfants ingrats,
hypnotisés par leurs écrans vampires
Il y aurait ce kiosque
où ne dansent que de rares feuilles mortes
abandonnées au tourbillon annonciateur
d’un hypothétique orage
Il y aurait dans l’air comme un parfum de souvenirs
trop longtemps enfouis,
si brutalement exhumés
Il y aurait cette innocence des mains
des doigts entrecroisés
Il y aurait ces lèvres humides
Au bord du baiser.
Il y a moi, âme errante,
Saoule, entre bandonéon et violons.
Il y aurait des larmes de tango…

Inéluctable .
J’y vais l’allure trainante
Je freine de mes quatre roues
avec la plus mauvaise volonté du monde.
Il faut bien changer de théâtre un jour.
Mais je tire sur le dernier acte
J improvise, je minaude,

je fais le beau
Je prolonge les applaudissements
Mais il faudra bien qu un jour

le rideau tombe.
Surtout ne pas rater la sortie
Puis avec le changement de scène,

face à la nouvelle inexpérience
je crains qu il n’y ait pas grand monde dans la salle.
Dis moi merde quand même.